Pour comprendre et apprendre, rien de mieux que d’aller à la rencontre de son environnement, à l’air libre. Ma fille glisse dans son  sac à dos  » Pinguoins «  sa boite d’observation d’insectes et moi j’emporte mon appareil photo.

Durant notre non-rentrée scolaire, ma fille nous accompagne à notre travail en Savoie. Nous en profitons pour découvrir ses paysages majestueux ainsi que sa flore et sa faune.

Je me souviens encore des cours barbants de botanique ou sur les insectes lorsque j’étais à l’école, assise à trépigner derrière une table. Personnellement, je n’ai pas retenu grand-chose. Par contre, je me souviens très bien du nom des plantes que nous cueillions dans les prés avec ma mère pour donner à manger au lapin ou bien de celles qui guéries des verrues ou du feu des orties que nous ramassions.

Et j’ai à nouveau retrouvé avec ma fille, ce plaisir de découvrir et d’apprendre « l’air de rien », lors de nos sorties « chasse aux insectes » organisées par sortiesnature78

koalatete-com-apprendre11

Ma fille en jouant, tout à côté venait prendre quelques informations qui l’intéressaient. Lors de sa première sortie, elle passa le plus clair de sont temps à faire autre chose qu’à écouter. Faisant des allers et retours continuels entre moi et les autres enfants. Préférant jouer à chat ou jeter de l’herbe aux canards. Je commençais à me dire que c’était dommage car il n’y avait que moi qui profitait des connaissances de l’animatrice, mais je me trompais. Car, à un moment elle revint vers moi et elle me dit :

 » – Oh ça c’est une coccinelle à deux points . Ah et ça c’est une araignée mais elle ne pique pas, les araignées elles mordent ! Et ça, une mouche scorpion.

–  Ah oui ! tiens je croyais que tu n’avais rien écouté du tout ?

– Bah si j’ai écouté !  »

En réalité, elle avait juste retenu ce qui l’intéressait et c’est ce que nous faisons toujours tous ! Et parce que ces informations lui sont arrivées dans des moments de jeux, elle a retenu, elle a appris.  Et je le constate au quotidien car par exemple, elle va expliquer à ces grands mères que les araignées ne piquent pas ou qu’il y a en a très peu qui mordent, etc…

Mais parfois j’ai envie de lui apprendre de façon plus conventionnel.

koalatete-com-apprendre15

J’aimerais qu’on puisse s’asseoir. Parfois, je lui fais un dessin de ce qu’on a observé et je l’invite à le colorier.

– Non… tu m’embêtes maman ! (Pfff… encore une occasion ratée !)

Je regarde ces beaux  Cahiers H, à remplir pour en faire des cahiers de nature ou des carnets de voyage et j’aimerais que ma fille fasse ces beaux coloriages, j’imagine parfois pour elle une vie plus studieuse à la « Montessori ».

Mais en réalité c’est ce qui me correspond à moi, mais pas à elle.

Elle, elle a la bougeotte, le cadre rythmé ne lui convient absolument pas (comme ses parents faut dire) et le dessin c’est pas son truc, c’était le mien ! Mais cela changera peut-être… les choses sont en mouvement, rien n’est figé. Ce qui ne l’intéresse pas aujourd’hui trouvera peut-être de la place dans son coeur demain. Mais je dois l’avouer, je me sens démunie devant ses intérêts ou ses façons d’apprendre qui ne sont pas le miens et je dois lutter contre le fait de lui imposer mes modes d’apprentissages. J’oublie parfois qu’elle est unique et qu’elle a son propre rythme et ses propres intérêts.

koalatete-com-apprendre4

Un jour, notre voisin nous offrit des plants de légumes.

« – Vous allez voir, elle va adorer faire son petit potager !  »

Nous n’avions pas eu l’idée de construire un potager. Mais qu’elle merveilleuse idée je me suis dis ! Et évidemment, je tombe à pieds joints dans le fantasme du petit enfant faisant des trous dans la terre, plantant ses petits plants, les arrosant et les regardant pousser de jour en jour et… ADORANT enfin MANGER des LEGUMES !!!

Eh… ben … Non ! Ce fut un flop … enfin pour cette partie.

Ma grand mère cultivait ses légumes. J’ai le souvenir de manger des carottes dans le potager, de piquer des fraises à ma tante, et d’écosser des petits pois avec une vielle voisine. Mais je ne connais pas grand chose pour la culture des légumes. J’en ai parlé à ma fille et elle m’a répondu :

« – Bah c’est facile maman, faut du soleil et de l’eau !  »

Ah bah oui, bien sûr ! ça c’était absolument évident dans sa petite tête.

Le potager, en fait, c’est à moi que ça a fait plaisir. Ma fille, elle n’a pas vraiment assisté à sa construction. Préférant gratter la terre avec son râteau durant une minute et retournant à des occupations qu’elle se trouvait et revenait vers nous sûrement pour voir où en était le travail. Elle a vu que j’arrachais des racines, elle s’est amusée à sauter sur la pelle avec son père. Puis c’est moi qui ai planté, elle a juste fait un seul trou. On est bien loin de l’image idyllique du petit enfant qui est fasciné par le potager hein ? Ma fille en avait plutôt rien à fiche, du moins elle en donnait l’air. On a arrosé les plantes, et puis après trois petits arrosoirs vidés :

« – C’est bon, j’en est assez maman ! »

Et, elle s’est plutôt intéressée au robinet d’arrosage : à l’ouvrir et à le fermer voyant les conséquences de pression qui nous éclaboussait et qui l’amusait beaucoup !

Ou à donner de la salade aux escargots… et à leur faire faire la course bien-sûr.

koalatete-com-apprendre3

Bref, je ne sais pas vraiment ce qu’elle a retenu sur le potager. Au final, ça m’a fait plaisir à moi de labourer la terre et de planter. Elle m’a pourtant dit qu’elle était contente. Nous n’avons pas appris la même chose. Le sujet était le potager, planter les plantes… Et elle, elle a tourné autour du sujet tout en apprenant ce qui l’intéressait à ce moment là. Nous n’avons pas vécu le même moment et pourtant nous étions ensemble. Si j’avais essayé de lui imposer ma vision du moment, et j’ai tenté un peu :

« – Tiens tu veux pas venir à arracher les racines ? Tiens tu veux pas mélanger la terre ? Tiens tu veux pas faire un trou ? etc…  » A chaque fois, ça a duré 2 minutes. Mais je sais qu’elle a appris des choses, mais pour ce qui est de manger les légumes… elle préfère le chocolat !

Quand à l’apprentissage de l’écriture de son prénom, ce ne fut pas encore de manière conventionnel.

koalatete-com-apprendre2

Je lui montrais régulièrement comment l’écrire et je lui disais, allez à toi, essaye ! C’était à chaque fois un refus catégorique et selon mon humeur, ça avait le don de m’agacer. Et puis un jour me voyant tracer des dessins sur le sable à la plage, elle m’a imité mais c’est son prénom qu’elle a dessiné sur le sable avec son doigt. Je ne lui avais rien demandé. Et elle a tracé dans le bon ordre toutes les lettres de son prénom les unes après les autres.

koalatete-com-apprendre1

Pour l’apprentissage des lettres elle me surprend souvent, elle refuse pour le moment tout jeu éducatif. Mais je ne manque pas de lui montrer les lettres dans la rue sur les panneaux. On accompagne un jour papa au magasin de bricolage ou « Paradis des enfants » j’aime l’appeler comme ça. Et qu’y a t’il de mieux franchement que des forêts de béton pour s’amuser à écrire des lettres ? hein ?

Régulièrement, elle me sort du vocabulaire ou des choses qui m’étonnent et je lui demande émerveillée :

 » – Mais où as tu appris ça ?  »

En réalité, elle apprend sans moi.

koalatete-com-apprendre9

Je me rends compte que régulièrement j’ai des moments de panique. Je me dis mais c’est pas vrai elle ne pourra jamais apprendre quoi que ce soit si quelqu’un ne lui apprend pas. Mais en réalité, elle pioche tout ce qui l’intéresse dans son environnement. Et c’est vraiment incroyable. Lorsque l’on partage le quotidien de ses enfants, nous ne prenons pas toujours assez de recul et la peur peut nous faire penser que nos enfants n’apprennent rien. Je pense qu’il est important pour nous, en tout cas pour moi de m’arrêter quelques instants et de prendre toutes les choses positives que ma fille a apprit. Et là, je me rends compte, qu’en réalité, même dans une journée où j’ai l’impression qu’elle n’a rien fait du genre ( passer un bon moment devant la télé ), et bien elle n’a pas rien appris. Mais parce que dans ma famille, nous sommes les premiers à le faire, parce que je suis allée à l’école, parce que j’expérimente, parce que je sais que je peux me tromper, eh bien… régulièrement j’ai des sérieux coups d’angoisse et de belles sueurs froides. Et la seule chose qui me rassure : c’est que je suis persuadée que la meilleure façon d’apprendre et de retenir, c’est lorsque l’on a expérimenté par soi-même. Et c’est ce que fait ma fille au quotidien.

Mais…parfois, j’aimerais bien que ça aille un peu plus vite !

koalatete-com-apprendre10

Malgré tout, je reste à l’affût de son apprentissage, de ce qui peut l’intéresser et je continue à lui proposer des choses car je pense que je dois la nourrir. Elle n’est pas obligée de finir son assiette, elle peut aussi picorer. Dans notre famille, c’est le grand bazar, il n’y pas de rythme, peu de routine. C’est notre mode de fonctionnement mon compagnon et moi, nous aimons pouvoir changer de direction à tout moment. Et malgré tout, elle apprend . Si elle a besoin d’un long moment pour explorer ce qu’elle apprend, elle le fait d’elle même (en général, ça arrive le soir). Je crois, que nos enfants ont besoin qu’on leur fasse confiance malgré nos doutes et nos peurs.

Je la nourris avec quoi ? et bien de mon quotidien ( un peu chaotique parfois), de mes rencontres, de ce que j’aime faire et ce que je sais faire pour le moment. Et je constate qu’en grandissant elle se nourrit des autres aussi, de mes relations sociales qui me nourrissent moi –même. Puis un jour elle se nourrira de personnes que je ne connaîtrai pas. Elle connaîtra et saura faire des choses que je ne connaîtrai et ne saurai pas faire.

 

 

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *